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Cet article de Serge G.
Oh Charlie, tu dis quoi, là ?
Oh Charlie, je vois ta « une ». Franchement Charlie, là tu deviens Charlot le franchouillard. Ce n'est pas le Musulman qui te parle, c'est le citoyen français, le Rouge au couteau entre les dents, le gueulard contre l'injustice, le chieur qui ne taira jamais son indignation.
Oh Charlie, je vois ta « une ». Franchement Charlie, là tu deviens Charlot le franchouillard. Ce n'est pas le Musulman qui te parle, c'est le citoyen français, le Rouge au couteau entre les dents, le gueulard contre l'injustice, le chieur qui ne taira jamais son indignation.
Oh Charlie, tu fais quoi, là ? Parce qu'on parle de toi sur toutes les places du monde, parce que tous les puissants viennent te rendre hommage, tu offres ton cul à la propagande nauséabonde qui se répand.
Oh Charlie, elle dit quoi ta « une » ? Rien à foutre qu'elle représente le prophète des Musulmans comme je n'aurais rien eu à foutre d'y voir le cul du Pape, c'est ce qu'elle dit qui me révulse le poil. Ta« une », elle dit une chose et une seule : « ce sont les Musulmans qui t'ont tuer ». Écrit avec le crayon ensanglanté, écrit sous le symbole statufié de ton titre, écrit sous le nom vénéré et adulé que t'a apporté le prix de vies humaines. Charlie, te voici prenant place dans l'usine à fabriquer les Beaufs et les moutons. Charlie, tu peux pas piétiner comme ça Cabu et Wolinski. Tu peux pas faire ça !
Putain Charlie, c'est grave ce que tu déconnes là. Je sais,tu viens d'en prendre plein la gueule et t'as pas eu le temps de commencer à avaler toute cette horreur, toute cette barbarie. Bon d'accord, à toi je ne t'en veux pas, cette fois-ci. Mais même la tête dans le cul, même avec tes nuits sans sommeil, ce n'est pas possible que tu fasses ça. Ce n'est pas possible parce que d'autres, ces puissants que tu combattais avec rage (enfin,une majorité d'entre vous), eux ont la tête froide et calculatrice. Eux mènent leur propagande.
Putain Charlie, c'est quoi de désigner le Musulman à la vindicte ? C'est quoi d'associer le Musulman aux infâmes criminels qui t'ont ensanglanté ? C'est quoi de participer à cette propagande sournoise et récurrente pour faire porter à toute une communauté chaque drame, chaque crime commis par des assassins.Charlie, tu as réfléchi un peu où ça va nous mener tout ça ? Charlie, je ne te parle pas des sombres crétins qui ont attaqué une cinquantaine de Mosquée et qui ne vont pas tarder à faire couler le sang à leur tour. Non, c'est du bon pépère tranquille dont je te parle, celui qui s'est réveillé choqué et révolté du crime qui t'a été infligé. Celui qui te regarde et s'identifie à toi aujourd'hui, toi devenu icône. Pour lui, tout est fait pour lui livrer une population à la vindicte. « Il faut éduquer et sévir », « à Stains et à Marseille nord » nous explique Christophe Barbier sur iTélé ce matin, lui parmi tous les autres dans un système médiatique bien proche du totalitarisme. Oh, il est bien civilisé notre patron de presse : pas de violence physique, pas d'incendie, juste la violence du dominateur. Musulman tout ça est de ta faute, ta religion est arriérée et tu dois la corriger, tu dois sortir de ta sauvagerie et t'intégrer à notre bonne civilisation. Sinon,t'es un mauvais et on va cogner, légalement bien sûr. Putain Charlie, tes dessinateurs humoristes, ils en viennent de la banlieue, ils en viennent de l'immigration, en tout cas ils en venaient, et aujourd'hui tu peux pas coller à ça !
Je vais te dire un secret, Charlie, parce que je t'aime bien Charlie lorsque tu ne te laisses pas aller à dessiner des trucs racistes genre Zemmour (islam=terrorisme, musulmane=profiteuse des allocations familiales). Houais, pourtant je t'aime bien parce que quand tu ne te laisses pas aller où personne ne devrait aller et bien tu sais sortir du prêt à penser, de la servilité. Je vais te dire mon secret, Charlie : les mômes de banlieue c'est de justice dont ils ont soif. Justice sociale, ça je sais que tu t'en doutes, je te parle de justice égalité devant la loi. Tu entends ce qui est dit de nos mômes de banlieue, c'est à profusion sur nos médias libérés de réflexes lepénistes :« ils refusent la minute de silence, ils refusent de parler de laShoa ». Et bien moi je vais te dire, la minute et la Shoa ils veulent bien les partager mais dans la justice, dans le respect pour ce qu'ils sont. Ce qui passe pas, c'est ça, c'est l'injustice, c'est le mépris. Mépris de leur religion ou de leur origine, mépris lorsque leur lieu de culte est agressé,mépris même lorsqu'ils ont des morts, mépris lorsqu'ils pensent manifester en citoyens contre une guerre et contre un massacre et qu'on les accuse d'antisémitisme et d'être des voyous, mépris encore sur la scène internationale où le droit du plus fort prévaut, où certains sont au-dessus des lois.Lorsqu'on est jeune, c'est dur de partager avec ceux qui adressent tant de mépris. Ben oui, pour retrouver le « vivre ensemble » c'est de la justice qu'il faut, pas de la matraque. Je ne sais pas comment ça peut se dessiner ça ? En tout cas, Charlie, si c'était le cul des méprisants que tu montrais tu redeviendrais l'âme de ta fondation.
Juste un dernier mot Charlie, un tout dernier très personnel. Je mesure comme ça doit être difficile de mettre ses esprits en place dans tous ces fracas. Je pense au poète Belge Julos Beaucarne. Il m'avait marqué dans mon adolescence. Sa femme avait été assassinée « par un fou ». Il criait sa douleur et ses larmes avec ses mots, j'en avais eu le ventre serré. Jamais, jamais, il n'avait retourné sa douleur contre la folie et les fous. Fou de douleur sans doute, mais il n'oubliait pas de dire ce qui dérapait dans notre société pour conduire à cette folie-là. Lui aussi, je crois, était de cette génération de 68, comme vous, et savait aller voir ce qui se cachait derrière les événements. C'est cela aujourd'hui évoquer la justice.
Serge Grossvak
Deuil la Barre le 13 janvier 2015
Oh Charlie, elle dit quoi ta « une » ? Rien à foutre qu'elle représente le prophète des Musulmans comme je n'aurais rien eu à foutre d'y voir le cul du Pape, c'est ce qu'elle dit qui me révulse le poil. Ta« une », elle dit une chose et une seule : « ce sont les Musulmans qui t'ont tuer ». Écrit avec le crayon ensanglanté, écrit sous le symbole statufié de ton titre, écrit sous le nom vénéré et adulé que t'a apporté le prix de vies humaines. Charlie, te voici prenant place dans l'usine à fabriquer les Beaufs et les moutons. Charlie, tu peux pas piétiner comme ça Cabu et Wolinski. Tu peux pas faire ça !
Putain Charlie, c'est grave ce que tu déconnes là. Je sais,tu viens d'en prendre plein la gueule et t'as pas eu le temps de commencer à avaler toute cette horreur, toute cette barbarie. Bon d'accord, à toi je ne t'en veux pas, cette fois-ci. Mais même la tête dans le cul, même avec tes nuits sans sommeil, ce n'est pas possible que tu fasses ça. Ce n'est pas possible parce que d'autres, ces puissants que tu combattais avec rage (enfin,une majorité d'entre vous), eux ont la tête froide et calculatrice. Eux mènent leur propagande.
Putain Charlie, c'est quoi de désigner le Musulman à la vindicte ? C'est quoi d'associer le Musulman aux infâmes criminels qui t'ont ensanglanté ? C'est quoi de participer à cette propagande sournoise et récurrente pour faire porter à toute une communauté chaque drame, chaque crime commis par des assassins.Charlie, tu as réfléchi un peu où ça va nous mener tout ça ? Charlie, je ne te parle pas des sombres crétins qui ont attaqué une cinquantaine de Mosquée et qui ne vont pas tarder à faire couler le sang à leur tour. Non, c'est du bon pépère tranquille dont je te parle, celui qui s'est réveillé choqué et révolté du crime qui t'a été infligé. Celui qui te regarde et s'identifie à toi aujourd'hui, toi devenu icône. Pour lui, tout est fait pour lui livrer une population à la vindicte. « Il faut éduquer et sévir », « à Stains et à Marseille nord » nous explique Christophe Barbier sur iTélé ce matin, lui parmi tous les autres dans un système médiatique bien proche du totalitarisme. Oh, il est bien civilisé notre patron de presse : pas de violence physique, pas d'incendie, juste la violence du dominateur. Musulman tout ça est de ta faute, ta religion est arriérée et tu dois la corriger, tu dois sortir de ta sauvagerie et t'intégrer à notre bonne civilisation. Sinon,t'es un mauvais et on va cogner, légalement bien sûr. Putain Charlie, tes dessinateurs humoristes, ils en viennent de la banlieue, ils en viennent de l'immigration, en tout cas ils en venaient, et aujourd'hui tu peux pas coller à ça !
Je vais te dire un secret, Charlie, parce que je t'aime bien Charlie lorsque tu ne te laisses pas aller à dessiner des trucs racistes genre Zemmour (islam=terrorisme, musulmane=profiteuse des allocations familiales). Houais, pourtant je t'aime bien parce que quand tu ne te laisses pas aller où personne ne devrait aller et bien tu sais sortir du prêt à penser, de la servilité. Je vais te dire mon secret, Charlie : les mômes de banlieue c'est de justice dont ils ont soif. Justice sociale, ça je sais que tu t'en doutes, je te parle de justice égalité devant la loi. Tu entends ce qui est dit de nos mômes de banlieue, c'est à profusion sur nos médias libérés de réflexes lepénistes :« ils refusent la minute de silence, ils refusent de parler de laShoa ». Et bien moi je vais te dire, la minute et la Shoa ils veulent bien les partager mais dans la justice, dans le respect pour ce qu'ils sont. Ce qui passe pas, c'est ça, c'est l'injustice, c'est le mépris. Mépris de leur religion ou de leur origine, mépris lorsque leur lieu de culte est agressé,mépris même lorsqu'ils ont des morts, mépris lorsqu'ils pensent manifester en citoyens contre une guerre et contre un massacre et qu'on les accuse d'antisémitisme et d'être des voyous, mépris encore sur la scène internationale où le droit du plus fort prévaut, où certains sont au-dessus des lois.Lorsqu'on est jeune, c'est dur de partager avec ceux qui adressent tant de mépris. Ben oui, pour retrouver le « vivre ensemble » c'est de la justice qu'il faut, pas de la matraque. Je ne sais pas comment ça peut se dessiner ça ? En tout cas, Charlie, si c'était le cul des méprisants que tu montrais tu redeviendrais l'âme de ta fondation.
Juste un dernier mot Charlie, un tout dernier très personnel. Je mesure comme ça doit être difficile de mettre ses esprits en place dans tous ces fracas. Je pense au poète Belge Julos Beaucarne. Il m'avait marqué dans mon adolescence. Sa femme avait été assassinée « par un fou ». Il criait sa douleur et ses larmes avec ses mots, j'en avais eu le ventre serré. Jamais, jamais, il n'avait retourné sa douleur contre la folie et les fous. Fou de douleur sans doute, mais il n'oubliait pas de dire ce qui dérapait dans notre société pour conduire à cette folie-là. Lui aussi, je crois, était de cette génération de 68, comme vous, et savait aller voir ce qui se cachait derrière les événements. C'est cela aujourd'hui évoquer la justice.
Serge Grossvak
Deuil la Barre le 13 janvier 2015
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